À LA CONQUÊTE DE LA ROUTE DE LA SOIE

Introduction

AUTOTOUR SUR LA LÉGENDAIRE ROUTE DE LA SOIE

UNE TRAVERSÉE AU CŒUR DE L’EURASIE

16 jours, 15 nuits

Xinjiang (Chine) – Kazakhstan – Kirghizistan – Ouzbékistan – Tadjikistan

Depuis l’aube des civilisations, quand les premières caravanes de chameaux transportaient soie, épices et idées à travers les déserts arides et les cols meurtriers, la Route de la Soie a été l’artère qui reliait l’Orient mystérieux à l’Occident lointain. Longue de plus de 6 400 km, à travers certains des terrains les plus rudes de la planète, cette voie commerciale antique ne charriait pas seulement des marchandises : elle fut un flux ininterrompu d’idées, de religions et d’art. Le bouddhisme venu d’Inde a suivi ces routes jusqu’en Chine, le zoroastrisme perse a pris racine dans les oasis sogdiennes, et l’islam a fini par se répandre comme une vague spirituelle sur les villes turquoise.

Notre traversée de la Route de la Soie en 16 jours, « au cœur de l’Eurasie », est un pèlerinage à contre-courant du temps, sur ces corridors mythiques. D’Ürümqi à Kachgar, à travers cinq pays et territoires, nous éprouverons nous-mêmes l’extraordinaire métamorphose de l’histoire, des cultures et des croyances. Ce n’est pas un simple voyage, mais un cours d’anthropologie grandeur nature : du chamanisme et du tengrisme, culte du Ciel des guerriers nomades de la steppe, au zoroastrisme de l’antique civilisation sogdienne ; du bouddhisme primitif de l’empire kouchan, dont les stupas de pierre subsistent dans les montagnes du Wakhan, à l’ismaélisme chiite tolérant des Pamiris, jusqu’à l’islam sunnite fervent de la vallée de Ferghana.

PROGRAMME DE L’AUTOTOUR SUR LA ROUTE DE LA SOIE

JourItinéraireDistance et durée
1Arrivée à Ürümqi
2Ürümqi – district de Huocheng630 km, ~8h
3District de Huocheng – Almaty (Kazakhstan)360 km, ~6h
4Almaty – Bichkek (Kirghizistan)240 km, ~4h
5Bichkek – Toktogul270 km, ~4h
6Toktogul – Namangan (Ouzbékistan)250 km, ~4h
7Namangan – Tachkent280 km, ~5h
8Tachkent – Samarcande310 km, ~5h
9Journée de repos à Samarcande et visite de la ville UNESCO
10Samarcande – Douchanbé (Tadjikistan)300 km, ~6h
11Douchanbé – Kalaikhum350 km, ~6h
12Kalaikhum – Khorog245 km, ~6h
13Khorog – Yamchun180 km, ~4h
14Yamchun – Murghab270 km, ~5h
15Murghab – Kachgar (Chine)330 km, ~5h
16Départ de Kachgar

Sur le plan du terrain, c’est un défi tout-terrain de haut niveau. Nous franchirons des cols de plus de 4 300 mètres, des pistes caillouteuses le long du Piandj à la frontière afghane, des gorges vertigineuses et des plateaux désertiques dignes de la surface de Mars. Nous parcourrons la mythique route du Pamir (M41), les cols de Too-Ashuu, de Kamtchik, de Khargush et le sommet de Kulma, à 4 362 mètres. Chaque journée met à l’épreuve le physique, la technique et la volonté — mais la récompense est immense : le lac Sayram vert émeraude au milieu du plateau, les sommets enneigés de l’Hindou Kouch reflétés dans la vallée du Wakhan, et les couchers de soleil violets sur les coupoles turquoise de Samarcande.

Venez vivre avec nous la plus grande aventure de votre vie — où chaque kilomètre est une page d’histoire et chaque étape un nouveau chapitre de la civilisation humaine.

PROGRAMME DÉTAILLÉ

  1. Jour 1 : Ürümqi, carrefour de l’Eurasie. Rassemblement à Ürümqi | Distance : 0 km | Altitude : ~800 m

Le voyage commence à Ürümqi, capitale de la région autonome ouïghoure du Xinjiang, la grande ville la plus éloignée de tout océan au monde. Blottie au pied des monts Tian Shan, Ürümqi est un point de rencontre vivant entre Han, Ouïghours, Hui, Kazakhs et Kirghizes : une mosaïque culturelle où les mosquées de brique cuite côtoient les immeubles modernes.

Le premier jour, nous effectuons ensemble la remise des véhicules, un contrôle technique complet, l’équipement, l’installation des intercoms (Cardo) et un essai routier.

Le soir, dîner de bienvenue au Grand Bazar international, où les mélodies poignantes du muqam ouïghour se mêlent au parfum des brochettes au cumin et du pain nan : le grand départ est officiellement lancé.

  1. Ürümqi – district de Huocheng : col de Guozigou et merveille du lac Sayram. Ürümqi – lac Sayram – pont de Guozigou – Huocheng | 630 km, ~8 h | Altitude : 800 m → 2 071 m → 1 200 m

Nous filons vers l’ouest par l’autoroute G30 Lianhuo, en gagnant peu à peu les 2 071 mètres du lac Sayram, le plus vaste et le plus élevé des lacs alpins du Xinjiang, né du soulèvement himalayen il y a 70 millions d’années. Les Kazakhs du lieu l’appellent « la dernière larme de l’Atlantique » : c’est le point le plus enfoncé dans l’Eurasie qui reçoive encore l’air humide et tiède venu de l’océan lointain par la vallée de l’Ili. Ses eaux limpides reflètent les sommets neigeux et les prairies verdoyantes, parsemées des yourtes blanches des Kazakhs, au milieu des moutons et des chevaux. La légende veut que l’eau du lac soit les larmes de Qida et de Xuedeke, deux jeunes amants séparés qui se jetèrent dans la vallée pour rester fidèles à leur serment. Juste après, nous franchissons le pont de Guozigou, prouesse technique de 700 mètres à haubans et poutres d’acier, dont le tablier flotte à 200 mètres au-dessus du fond de la vallée — là même où, en 1218, le prince mongol Djaghataï fit tailler la roche et abattre des arbres pour construire 48 ponts de bois et ouvrir la voie à la cavalerie de Gengis Khan partant vers l’ouest.

L’ancienne « route du Nord » de la Route de la Soie a cédé la place à cet ouvrage moderne, mais l’écho des sabots et des cris de bataille semble encore résonner contre les parois. Au terme d’une longue journée bien remplie, nuit dans le district de Huocheng, terre fertile réputée pour ses champs de lavande violette — un air d’Europe au cœur de l’Asie.

  1. Huocheng – Almaty (Kazakhstan) : basculement dans la steppe kazakhe. Huocheng – poste-frontière de Khorgos – Almaty | 360 km, ~6 h | Altitude : 1 200 m → ~850 m

Le matin, formalités de sortie de Chine au poste-frontière international de Khorgos, l’un des plus modernes reliant les deux pays. Une fois le passage effectué, le décor change spectaculairement : les massifs rocheux du Xinjiang s’éloignent et laissent place à l’immense steppe kazakhe qui court jusqu’à l’horizon, où des chevaux sauvages traversent parfois la route comme un salut de cette vieille terre nomade.

Destination : Almaty, l’ancienne capitale du Kazakhstan, blottie au pied de la chaîne enneigée de l’Alataou, dans le système du Tian Shan. La ville porte l’empreinte de l’architecture russe tsariste et des grands ensembles soviétiques, mais garde intacte son âme nomade des steppes. Nous nous arrêtons au parc Panfilov pour admirer la cathédrale orthodoxe Zenkov, l’un des plus hauts édifices en bois du monde, bâti sans un seul clou. L’après-midi, découverte libre du Bazar vert, puis dîner autour d’un beshbarmak traditionnel : viande de cheval bouillie finement tranchée, servie avec de larges pâtes sur un plateau de bois astau finement sculpté. Selon la coutume sacrée du konakasy, l’hôte kazakh réserve toujours les meilleurs morceaux à son invité ; en retour, on offre un konakkade — une chanson ou une histoire, en cadeau, à la table.

  1. Almaty – Bichkek (Kirghizistan) : le corridor de la Tchou et l’Ala-Too. Almaty – poste-frontière de Korday – Bichkek | 240 km, ~4 h | Altitude : 850 m → 800 m

L’étape du jour est courte mais pleine de charme : nous longeons la bordure nord du Tian Shan, d’Almaty à Bichkek, capitale du Kirghizistan. Les formalités au poste de Korday (Ak-Zhol) se passent sans encombre et, sitôt la frontière franchie, l’atmosphère change — une sérénité étonnante enveloppe la vallée de la Tchou. Bichkek apparaît comme une oasis verdoyante au milieu des sommets éternellement enneigés de l’Ala-Too kirghize, avec ses avenues ombragées de peupliers et ses places de pur réalisme soviétique. La ville porte le nom d’un héros national, mais son âme reste profondément nomade. En flânant autour de la place Ala-Too, on croise des anciens (aksakal) coiffés du haut kalpak de feutre blanc, symbole culturel sacré du pays. Derrière la vie urbaine moderne, les vestiges de l’antique tengrisme (culte du Ciel-père Tengri et des forces de la nature) se mêlent harmonieusement à un islam sunnite modéré, formant une identité spirituelle singulière, profondément respectueuse de la nature.

  1. Bichkek – Toktogul : au cœur du Tian Shan et col de Too-Ashuu. Bichkek – Suusamyr – Toktogul | 270 km, ~4 h | Altitude : 800 m → 3 180 m → 1 000 m

La conquête du cœur du Tian Shan commence par une longue montée jusqu’au col de Too-Ashuu, à 3 180 mètres, où les épingles serrées et les brouillards soudains mettent à l’épreuve les pilotes les plus aguerris. À la sortie du tunnel obscur qui perce la montagne, la vaste vallée alpine de Suusamyr surgit à 2 200 mètres d’altitude : une mer d’herbe verte à perte de vue, ponctuée des yourtes d’un blanc éclatant des familles nomades kirghizes et de chevaux en liberté qui hennissent au vent. C’est le sanctuaire de la culture nomade, un lieu où le temps semble suspendu.

Nous aurons l’occasion de nous arrêter chez une famille, en respectant scrupuleusement les règles de la yourte (boz-ui) : entrer du pied droit, ne jamais marcher sur le seuil de bois, ne pas pointer la plante de ses pieds vers le foyer central ni vers le tör, la place d’honneur face à l’entrée. L’hôte vous offrira du kymyz, ce lait de jument légèrement fermenté qui passe pour la force vitale des nomades du Tian Shan. Nous franchissons ensuite le col d’Ala-Bel, à 3 184 mètres, avant de redescendre le long de la Naryn dans les gorges grandioses de Chychkan et de faire halte au bord de l’immense retenue de Toktogul, dont les eaux turquoise reflètent des parois de granit à pic.

  1. Toktogul – Namangan (Ouzbékistan) : ouverture du corridor du nouveau poste d’Uchkurgan. Toktogul – poste-frontière d’Uchkurgan / Kensay – Namangan | 250 km, ~4 h | Altitude : 1 000 m → 850 m → ~450 m

Le sixième jour marque un tournant : nous rejoignons le poste-frontière international d’Uchkurgan (côté kirghize : Kensay), un itinéraire entièrement ouvert aux véhicules particuliers depuis septembre 2024, après la ratification de l’accord historique de démarcation entre l’Ouzbékistan et le Kirghizistan. C’est la liaison la plus courte entre l’axe nord-sud kirghize et la fertile cuvette de Ferghana.

Passé la frontière, le paysage change nettement : aux montagnes escarpées succèdent les champs de coton, les vergers et les vieux villages musulmans aux mosquées à coupole bleue. Destination : Namangan, province du nord de la vallée de Ferghana et l’un des plus anciens foyers de peuplement d’Asie centrale. On y ressent une vie musulmane profondément traditionnelle, et nous y découvrons le vieux village potier de Gurumsaray, où les artisans, de père en fils, utilisent encore l’argile rouge locale et une glaçure de cendres végétales tirée de l’herbe gulyak pour obtenir ces vert-de-gris et ces verts profonds si mystérieux. Les motifs peints portent d’anciens messages spirituels : la corne de bélier (kochkorak) appelle la richesse et la force, tandis que le motif en treillis fait office d’amulette contre le « mauvais œil ».

  1. Namangan – Tachkent : franchissement du redoutable col de Kamtchik. Namangan – col de Kamtchik – Tachkent | 280 km, ~5 h | Altitude : 450 m → 2 267 m → 450 m

Le matin, nous quittons Namangan vers l’ouest et attaquons rapidement la montée du col de Kamtchik, l’un des axes les plus stratégiques et les plus dangereux d’Ouzbékistan. Culminant à 2 267 mètres, il traverse la chaîne du Kurama, dans le système du Tian Shan, et subit fréquemment brouillards épais et éboulements : concentration absolue. Passé le sommet, le paysage s’ouvre sur des collines douces qui mènent à Tachkent, capitale moderne et centre politique et culturel de l’Ouzbékistan.

En chemin vers Tachkent, halte dans la bourgade de Chust, centre de forge vieux de plus de 3 500 ans, où des artisans de la 7e ou 10e génération façonnent encore les couteaux pichak en acier damassé multicouche, et ces calottes duppi noires deux fois plus hautes qu’ailleurs, brodées à la main de piments (kalampir) et d’amandes (bodom) pour protéger celui qui les porte des mauvais esprits et lui souhaiter la prospérité.

Tachkent est un mélange fascinant : larges avenues soviétiques, métro réputé l’un des plus beaux du monde — chaque station y est une œuvre d’art à part entière — et vieux quartiers de terre cuite autour du bazar animé de Chorsu. Le soir, nous vivrons ensemble l’un des rites les plus sacrés de la culture ouzbèke : rompre le pain non à deux mains avec notre hôte (jamais au couteau) et apprendre à le poser face vers le haut — le poser à l’envers étant considéré comme une offense à la grâce divine et un présage funeste.

  1. Tachkent – Samarcande : la traversée de la steppe de la Faim (Mirzachul). Tachkent – steppe de Mirzachul – Samarcande | 310 km, ~5 h | Altitude : 450 m → ~702 m

La route du jour, goudronnée et plate, traverse la steppe de la Faim (Mirzachul), une région semi-désertique historique transformée à l’époque soviétique en champs de coton d’un blanc immaculé à perte de vue. Ce trajet en apparence monotone recèle pourtant des dangers : bétail et engins agricoles sans feux peuvent surgir en travers de la chaussée, d’où une vigilance de tous les instants.

Toute la fatigue s’évanouit pourtant quand apparaissent, scintillantes au couchant, les premières coupoles turquoise de Samarcande. « Miroir du monde », « perle de l’islam », « paradis sur terre » : les épithètes ne manquent pas pour cette ville, l’une des plus anciennes du monde continûment habitée depuis 2 700 ans. Sous le règne de Tamerlan, au XIVe siècle, elle devint le plus grand foyer culturel et scientifique du monde musulman, où se rencontraient savants persans, arabes, indiens et chinois.

Le soir, promenade sur la place du Registan, quand les derniers rayons dorent les trois grandes médersas revêtues de céramiques bleu turquoise — un spectacle à couper le souffle que nul n’oublie.

  1. Samarcande : journée de repos et découverte du patrimoine mondial de l’UNESCO. Repos et visite de Samarcande | 0 km | Altitude : ~702 m

La neuvième journée est conçue pour se reposer, réviser soigneusement les véhicules et faire le plein d’un carburant de qualité (A95 ou A92) : plus on s’enfonce dans les campagnes et, les jours suivants, au Tadjikistan, plus le bon carburant se raréfie — souvent vendu en bouteilles plastique au marché noir.

La journée entière est consacrée à l’atmosphère ancienne de cette ville inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Nous parcourrons à pied la place du Registan pour en détailler les faïences bleu cobalt et turquoise qui reflètent le ciel — dans la culture timouride, le bleu symbolise Dieu, l’éternité et la protection divine. Puis visite du mausolée Gour-Emir, où repose Tamerlan sous sa célèbre coupole côtelée turquoise, et promenade dans la « rue des tombeaux » de Shah-i-Zinda, chef-d’œuvre de mosaïques accumulées au fil des siècles. Dans les ateliers d’artisans, nous verrons la broderie suzani sur de grandes tentures : motifs de grenade pour l’abondance et d’œillet pour le bonheur, entièrement brodés à la main au fil de soie teint naturellement.

  1. Samarcande – Douchanbé (Tadjikistan) : les monts Fann et le tunnel d’Anzob. Samarcande – poste-frontière de Jartepa – Penjikent – Douchanbé | 300 km, ~6 h | Altitude : 702 m → 2 720 m (tunnel d’Anzob) → 706 m

Départ de Samarcande au petit matin : 46 km vers l’est pour les formalités de sortie d’Ouzbékistan au poste de Jartepa. Sitôt entré au Tadjikistan, le monde change : de la culture turcique des Ouzbeks, on passe au monde iranien des Tadjiks, où le persan (tadjik) domine. Juste après la frontière se trouve le site archéologique de Sarazm, inscrit à l’UNESCO et daté des IVe-IIIe millénaires av. J.-C., témoin des premières installations agricoles et minières d’Asie centrale. La route passe ensuite par Penjikent, ancienne cité de la civilisation sogdienne zoroastrienne avant la conquête arabe du VIIIe siècle. Musulmans depuis des siècles, ses habitants conservent pourtant de nombreux usages antiques de vénération du feu, considéré comme le centre des rites de purification et de protection contre les mauvais esprits. La route s’élève ensuite en lacets dans les superbes monts Fann jusqu’au tunnel d’Anzob (tunnel Istiqlol), long de 5 040 mètres à 2 720 mètres d’altitude — ouvrage soviétique sombre, humide et éprouvant. Passé Anzob, une longue descente nous mène vers la capitale, Douchanbé.

  1. Douchanbé – Kalaikhum : le départ sur la mythique route du Pamir. Douchanbé – Kulob – col de Shuroabad – Kalaikhum | 350 km, ~6 h | Altitude : 706 m → 1 959 m → 1 200 m

Cette journée nous fait entrer officiellement sur la mythique route du Pamir (M41), l’une des plus spectaculaires et des plus rudes de la planète. Nous avons choisi l’itinéraire sud par la ville de Kulob : plus long, mais au revêtement bien meilleur que la route du col de Tavildara, au nord, sans cesse coupée par les éboulements. Première étape : le lac de Nourek et ses eaux d’un bleu profond, avant la visite de l’ancienne forteresse de Hulbuk, important centre administratif de la dynastie ghaznévide au XIe siècle, où se mêlent héritage bouddhique primitif et islam. Après le col de Shuroabad (1 959 m), le relief change brutalement : le Piandj — l’Oxus des Anciens — apparaît au fond de la gorge et la route se met à longer au plus près la frontière naturelle avec l’Afghanistan. Sur l’autre rive, les villages de terre isolés semblent sortis d’un conte : un décor à la fois grandiose et troublant.

Avant Kalaikhum, arrêt aux ruines de l’antique cité de Karon (du IIe siècle av. J.-C. au XVe siècle), grand centre culturel et religieux zoroastrien du Badakhchan montagneux. Le soir, nuit dans une maison d’hôtes au bord du Piandj, pour goûter la douceur de vie locale et découvrir la belle coutume de l’asar : tout le village se réunit spontanément pour aider une famille à bâtir sa maison ou à rentrer sa récolte, sans être payé — un copieux dastarkhan suffit en remerciement.

  1. Kalaikhum – Khorog : l’exigeant corridor rocheux du Piandj. Kalaikhum – Khorog | 245 km, ~6 h | Altitude : 1 200 m → 2 200 m

L’étape qui longe le Piandj jusqu’à Khorog est une véritable épreuve physique et technique de pilotage tout-terrain. Le bitume soviétique y a été entièrement détruit par le climat extrême, les glissements de terrain et le passage des poids lourds. La chaussée n’est le plus souvent que caillasse coupante, sable fin, nids-de-poule profonds et poussière, avec parfois de gros blocs tombés de la falaise. À droite, la paroi à pic ; à gauche, le gouffre du Piandj en furie, sans aucune glissière. Chaque virage se prend en retenant son souffle. Mais en récompense, la vallée avec ses jolis villages afghans sur l’autre rive et ses reliefs calcaires étrangement érodés en fait l’une des plus belles routes d’Asie. Destination : Khorog, chef-lieu de la région autonome du Haut-Badakhchan (GBAO), au confluent du Gunt et du Piandj.

Contrairement aux Tadjiks des vallées, sunnites, les Pamiris d’ici sont ismaéliens chiites, une branche tolérante de l’islam qui reconnaît l’Aga Khan comme guide spirituel suprême. Grâce à cette doctrine ouverte, la société pamirie est très libérale et égalitaire : les femmes ne sont pas tenues de se voiler, elles sont très instruites et occupent des fonctions dirigeantes dans la communauté. L’après-midi, visite du jardin botanique de Khorog — l’un des plus élevés du monde — et dégustation de shirchoi, ce thé vert bouilli avec du lait, du sel et du beurre, boisson vitale qui aide les Pamiris à affronter le froid mordant de l’altitude.

  1. Khorog – Yamchun : au cœur de la superbe vallée du Wakhan. Khorog – Ishkashim – Yamchun | 180 km, ~4 h | Altitude : 2 200 m → 2 900 m

La route du jour nous fait pénétrer dans la vallée du Wakhan, terre à l’histoire très particulière. Passé le bourg d’Ishkashim, la vallée s’élargit et découvre au sud toute la chaîne enneigée de l’Hindou Kouch, entre Afghanistan et Pakistan : des sommets de plus de 7 000 mètres dressés comme les remparts du monde. Le revêtement passe de l’asphalte crevassé à des pistes de terre et de sable meuble, qui exigent une maîtrise irréprochable. Le point culminant de l’étape est la forteresse de Yamchun, ouvrage défensif de terre crue élevé dès le IIIe siècle av. J.-C. par les Kouchans pour contrôler la Route de la Soie et protéger la vallée. Perchée sur un éperon à 3 000 mètres, elle se gagne à pied : de là-haut, la vue sur les méandres du Piandj avec l’Hindou Kouch en toile de fond est incomparable. Tout près, les sources chaudes naturelles de Bibi Fatima permettent de se délasser dans une eau minérale tiède au milieu d’un décor de montagnes.

Le soir, nuit dans une maison pamirie traditionnelle (chid) — le moment ethnographique le plus fort de tout le voyage. Les ismaéliens ne bâtissent pas de mosquée : c’est la maison chid elle-même qui est leur sanctuaire. Observez attentivement le puits de lumière chorkhona, avec ses quatre carrés de bois concentriques figurant les quatre éléments — terre, eau, air et feu — et les cinq colonnes de cèdre qui soutiennent la maison, chacune porteuse d’un sens spirituel et d’une fonction propres, liés à la famille du Prophète (Ahl al-Bayt).

  1. Yamchun – Murghab : le col de Khargush et le toit du monde. Yamchun – Langar – col de Khargush – Alichur – Murghab | 270 km, ~5 h | Altitude : 2 900 m → 4 344 m → 3 630 m

L’une des journées les plus exigeantes du voyage. De Yamchun, nous passons par Langar et son ancien stupa bouddhique de Vrang (IVe-VIIe siècle) : une pyramide à trois degrés et plus de soixante grottes de méditation creusées par les moines dans la falaise calcaire — preuve éclatante de l’épanouissement du bouddhisme dans le Wakhan avant l’arrivée de l’islam. Nous quittons ensuite la vallée du Piandj sur la gauche pour attaquer le sauvage col de Khargush, à 4 344 mètres : aucune protection, un sol de sable mou semé de blocs et des rafales capables de coucher une machine à tout instant. Passé le sommet, nous voici officiellement sur le « toit du monde », l’immense plateau du Pamir à plus de 4 000 mètres, paysage irréel digne de Mars : montagnes pelées, maigres pâturages d’altitude et lacs d’un bleu intense reflétant un ciel limpide. Nous traversons la vallée désertique d’Alichur avant d’atteindre Murghab, à 3 630 mètres, la localité la plus haute du Tadjikistan et de toute l’ex-URSS. Ici, nous quittons les Pamiris de langue iranienne pour retrouver les Kirghizes nomades des hauts plateaux, gens endurants qui vivent dans de modestes maisons blanchies à la chaux, coiffés du kalpak de feutre blanc et vêtus d’épaisses vestes matelassées contre le froid.

  1. Murghab – Kachgar (Chine) : le sommet de Kulma et la route du Karakoram. Murghab – col de Kulma – porte de Karasu – lac Karakul – Kachgar | 330 km, ~5 h | Altitude : 3 630 m → 4 362 m → 3 600 m → 1 289 m

L’avant-dernière journée est une véritable épopée. Nous quittons Murghab dans le froid coupant du plateau, en direction du poste-frontière de Kulma (Qolma), à 4 362 mètres — l’un des passages internationaux les plus élevés du monde, où les contrôles de sécurité sont extrêmement stricts. Une fois les formalités d’entrée en Chine accomplies au poste de Karasu, nous roulons enfin sur la route du Karakoram (G314), l’une des routes asphaltées les plus hautes de la planète, surnommée « la huitième merveille du monde ». Elle serpente au pied du Muztagh Ata (« le père des montagnes de glace »), qui culmine à 7 546 mètres, traverse la verdoyante vallée de Taheman et s’arrête au lac Karakul, à 3 600 mètres, dont la surface, lisse comme un miroir, reflète les neiges éternelles du Muztagh Ata. Plus loin, le lac de sable blanc de Baisha apparaît comme un mirage au milieu du désert, avec ses dunes d’un blanc fin déroulées au bord d’une eau turquoise.

La route perd ensuite spectaculairement de l’altitude jusqu’à l’antique oasis de Kachgar, cœur historique de la culture ouïghoure du sud du Xinjiang. En traversant le district de Tashkurgan, nous croiserons les Tadjiks de Chine — descendants des Pamiris de l’autre côté de la frontière — qui partagent la même foi ismaélienne chiite, avec leurs élégantes femmes en costume traditionnel, coiffées d’une calotte ronde finement brodée et d’un voile de dentelle blanche flottant au vent des hauteurs.

  1. Kachgar : le point final d’une grande aventure. Découverte de Kachgar et départ | 0 km | Altitude : ~1 289 m

Kachgar, dernière étape, est le joyau presque intact de la Route de la Soie. Ce dernier jour est entièrement consacré à ce cœur de la culture ouïghoure avant le retour. Le matin, nous nous perdrons dans le dédale des ruelles de la vieille ville de Kachgar, l’un des plus vastes ensembles de terre crue et de bois encore debout au monde. Les maisons à étages s’empilent et forment ces curieux « pavillons suspendus » qui s’avancent au-dessus des venelles, où sculpteurs sur bois, dinandiers et tisserands de tapis perpétuent les gestes de leurs aïeux. Visite de la mosquée Id Kah, la plus grande de Chine, bâtie en 1442, centre religieux des musulmans sunnites de Kachgar. Puis halte dans une maison de thé centenaire, comme la Folk Musician Gudi Tea House, où de vieux messieurs à barbe blanche se réunissent pour jouer du rawap et du dutar et chanter le muqam ouïghour — un système musical classique complexe mêlant chant, danse et ensemble instrumental, inscrit par l’UNESCO au patrimoine oral et immatériel de l’humanité. Au marché du dimanche de Kachgar (si le jour tombe bien), la vie commerçante de la Route de la Soie est toujours là : cris des marchands d’épices, tapis de laine tissés main, soie atlas aux couleurs vives et étals rythmés par les coups de marteau.

L’après-midi, restitution des motos, vérification des documents de sortie des véhicules, puis transfert à l’aéroport de Kachgar pour le retour — au terme de cette expédition légendaire en Asie centrale : 16 jours, plus de 4 200 km à travers 5 pays, d’innombrables cols, déserts et steppes, et des civilisations éclatantes qui ont changé le monde.

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