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| Je joue de la trompette sur notre trois-roues, avec un compagnon de route. |
Rouler, contempler les paysages, parcourir la fameuse « route des nuages au pays des neiges » et repousser mes propres limites : voilà ce que je cherchais lors de ce voyage de découverte du Tibet, du 25 avril au 9 mai dernier.
Je m’appelle Khanh Rau, j’ai 32 ans, je travaille dans un bureau et j’ai la passion de découvrir le monde.
Jouer de la trompette à 5 200 m d’altitude
Le Tibet n’est pas la destination idéale pour qui rêve d’un voyage tranquille.
Au fil de ces journées d’errance, je repensais aux images de marche et d’ascension à travers le Tibet, entouré de montagnes enneigées, de steppes, d’arbres et de lacs, de Brad Pitt, le héros du film “Sept ans au Tibet ».
À une différence près : mon champ de vision n’était plus enfermé dans un écran rectangulaire. Le paysage changeait chaque jour ; même le dernier jour, je découvrais encore des panoramas inédits. J’étais ému, debout au milieu de cette immensité, en repensant à la scène du film et à la lettre que Brad Pitt adresse à son fils.
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| En duo avec un compagnon de route, lors d’une halte au Tibet. |
Mais un beau paysage ne suffit pas : il lui faut des souvenirs marquants pour devenir un voyage d’une vie.
J’ai alors pensé à la trompette et à la flûte.
Au début, j’étais décidé à ne pas emporter d’instrument au Tibet. Le parcours est difficile, l’équipement de protection déjà encombrant. Sans compter les conditions météo et les températures, plutôt rudes là-haut.
« En altitude, avec le manque d’oxygène, on respire déjà mal ; où trouver le souffle pour jouer ? », me disais-je.
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| Un Tibet paisible en ce mois de mai. |
Sauf que le chef de groupe n’a rien voulu entendre : il m’a aussitôt acheté une trompette chinoise. Inutile de préciser à quel point elle était mauvaise. Mais avec le recul, je me dis que sans elle, j’aurais eu de vrais regrets.
Ces moments de musique sur le trois-roues, les haltes au bord d’un ruisseau pour déjeuner en pleine nature, les pauses de midi chez l’habitant tibétain : autant de beaux souvenirs que je n’oublierai pas.
Mais le plus marquant reste le moment où, avec Thê Anh (un membre du groupe), nous avons hissé trompette et instrument à cordes jusqu’à notre destination finale : le camp de base de l’Everest.
Nous avons improvisé à deux quelques morceaux, dans le froid mordant, à 5 200 m d’altitude.
« Le bonheur, c’est de rouler »
Nombre de voyageurs vietnamiens ont déjà conduit et franchi des cols au Tibet. Mais parcourir les rues en trois-roues et découvrir le paysage comme notre groupe, cela reste plutôt rare. Les habitants se pressaient pour nous photographier et chantaient avec nous quand j’improvisais « La lune dit ce que mon cœur ressent » à côté du trois-roues, garé à un point de vue réputé.
Le gouvernement chinois sait faire plaisir aux motards : il a fait construire ce col aux 108 lacets. La route est large et dégagée, le revêtement lisse et presque sans nids-de-poule.
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| Assis sur le trois-roues, j’ai sillonné tout le Tibet, par tous les temps. |
Le dernier jour, Tuan Tay Ho (un aîné du groupe) m’a confié que ce qui l’avait le plus marqué dans ce voyage, c’était de conduire. Chaque jour passé au guidon était un jour heureux. Un jour où, trop fatigué, il n’avait pas pu rouler pendant une demi-journée, il en était contrarié.
C’est vrai : le voyage « libre et sans entrave » au Tibet ne serait pas complet sans ces journées de route, des cols majestueux jusqu’aux ruelles des villes…
Quand le temps est beau, nos cœurs s’emballent. Mais quand il se gâte, même les plus courageux se découragent parfois.
Les averses de neige et de grêle rendent la route glissante, la visière du casque s’embue (elle gèle même parfois) et bouche la vue ; les tempêtes de sable, le vent assez fort pour faire pencher la machine, les changements brutaux de météo… tout cela fait partie des défis du Tibet.
Mais mon pire ennemi, c’est l’altitude. Dès le premier jour, un membre du groupe a été hospitalisé. Presque tous les autres ont eu maux de tête, vertiges et tension élevée, d’où des nuits sans sommeil. Il a fallu attendre le quatrième ou le cinquième jour pour nous acclimater.
Douze jours de route, environ 3 500 km, à travers la neige et la grêle, sous un soleil de plomb, avec des pannes en pleine nature, d’un haut plateau à l’autre, d’un col au suivant… Tout cela non pas pour prouver quoi que ce soit, mais pour mesurer à quel point je suis petit.


















