Le Vietnam à moto

03:02 02/09/2026
Un groupe MotoTours Asia sur une piste de terre dans les hautes terres du nord du Vietnam

Il y a deux façons de parcourir le Vietnam à moto. La première consiste à rester sur les routes nationales, à déjeuner là où se garent les autocars et à photographier depuis l’endroit exact où tout le monde photographie. La seconde consiste à quitter cette route dès que possible. Nous avons choisi la seconde – et c’est toute la raison d’être de MotoTours Asia.

Pourquoi Nous Quittons La Grande Route

Les nationales sont faites pour aller vite. Or un motard a rarement besoin d’aller vite. Ce qu’il lui faut, c’est une route qui a du rythme, des virages qui obligent à se pencher, et de part et d’autre quelque chose qui mérite l’arrêt.

Les petites routes offrent tout cela. La route communale qui épouse le flanc de la montagne, la bande de béton à une voie entre les rizières en terrasses, la piste de terre après la moisson – c’est là que le Vietnam ressemble encore à lui-même. On avance plus lentement, et l’on voit infiniment plus.

Le Lieu Le Plus Fréquenté N’Est Pas Toujours Celui Qui Mérite Le Détour

Nguyen Anh Tuan, fondateur de MotoTours Asia, a un jour résumé la différence à un journaliste étranger : « Le problème, c’est qu’à Sa Pa les gens sont habitués aux touristes et n’ont plus envie de faire connaissance. À Dong Van, c’est autre chose. »

Cette phrase est toute notre politique de tracé. Un village sans échoppe de souvenirs offre une soirée radicalement différente d’une bourgade rodée à l’accueil des visiteurs. L’hôte vous invite à vous asseoir non pas parce que vous avez payé, mais parce que vous venez de franchir une distance que lui-même juge grande.

Les Itinéraires Que Nous Empruntons Le Plus Souvent

Les montagnes du Nord sont notre terrain. Quelques noms qui reviennent dans nos programmes :

  • Ha Giang – Cao Bang : le col de Ma Pi Leng, Dong Van, Lung Cu et les chutes de Ban Gioc – mais par les petites routes secondaires, loin du flot touristique.
  • La route de patrouille frontalière : au plus près de la frontière, peu peuplée, avec un revêtement qui change sans cesse.
  • Le Nord-Ouest en saison dorée : Tu Le, Khau Pha et Mu Cang Chai au moment exact où le riz mûrit.
  • Ba Be : le lac, la forêt primaire, la grotte de Puong et une nuit chez une famille tay.
  • Dien Bien – Lai Chau : le coin le plus reculé du Nord-Ouest, praticable même pendant le Têt.

Rouler Lentement Est Un Choix Assumé

Nous ne construisons pas nos circuits pour accumuler le plus de sites possible. Une belle journée, c’est une journée où l’on peut s’arrêter trois fois sans le regretter : une fois pour la lumière, une fois pour un stand de thé au bord de la route, une fois parce que quelqu’un vous a fait signe d’entrer.

Les motos sont choisies pour le terrain, pas pour l’allure. Chaque groupe roule avec un guide qui connaît à la fois la route et ceux qui l’habitent. Et si le temps tourne, nous changeons d’itinéraire – car les petites routes laissent toujours un autre passage.

Si Vous Hésitez Encore

Nul besoin d’être un pilote aguerri pour partir avec nous. Il suffit d’accepter que la plus belle route soit rarement la plus large, et que l’endroit dont vous vous souviendrez ne figure sur la liste des incontournables de personne.

MotoTours Asia est une marque de Hidden Horizons Odyssey Co., Ltd.

Une stratégie de guérilla géniale, une force surhumaine, des pièges garnis de vipères venimeuses et de pointes de bambou. Voilà quelques-unes des explications avancées pour comprendre comment une poignée de combattants vietnamiens « en haillons » a contraint à la retraite l’armée la plus puissante que le monde ait connue.

La vérité est bien plus simple. Les Américains ont perdu la guerre du Vietnam parce qu’ils combattaient une idée, le communisme, tandis que les Vietnamiens se battaient pour leur foyer. La retraite n’était pas une option : ils n’avaient nulle part où aller. La victoire a coûté un prix terrible. À la fin des hostilités, en 1975, le bilan se comptait en millions de morts.

Cette lutte a pourtant forgé une grande nation. Depuis la fin de la guerre, le Vietnam est passé du rang de pays parmi les plus pauvres du monde à celui de pays à revenu intermédiaire, doté du meilleur niveau de vie d’Asie du Sud-Est après Singapour.

Un esprit d’indépendance

Voici l’histoire d’un motard vietnamien qui incarne l’esprit d’indépendance de son pays. Quand les premiers touristes ont commencé à arriver au Vietnam dans les années 1990, Tuan Nguyen a lancé une agence de voyages à moto avec des Minsk, ces 125 cm³ soviétiques réputées pour leur fiabilité. Vous vous souvenez peut-être d’avoir vu Richard Hammond en piloter une dans Top Gear, lors de l’épisode spécial Vietnam de 2009.

Dans les années 2000, Tuan a remplacé ses Minsk par des Enfield Bullet, ces routières indiennes de 350 cm³, lentes mais increvables. En 2019, il est monté d’un cran encore avec une flotte de BMW d’aventure — le premier organisateur de circuits d’Asie du Sud-Est à le faire.

Mais comme BMW ne soutient pas le tourisme à moto au Vietnam, il a dû se débrouiller sans aucun des appuis dont bénéficient les entreprises ailleurs dans le monde pour entretenir leur flotte et se constituer une clientèle. Ajoutez à cela les 80 % de taxe à l’importation en vigueur au Vietnam et cela ressemble à une mission impossible. Tuan l’a pourtant menée à bien.

Tuan et moi avons une histoire commune. Il y a cinq ans, je suis venu au Vietnam et j’ai roulé avec lui de Hanoï vers le nord jusqu’à Dong Van, une région montagneuse accrochée à la frontière chinoise que j’avais surnommée « l’Himalaya caché du Vietnam » dans un reportage pour la BBC. Ce fut une aventure extraordinaire et j’avais toujours voulu y retourner ; c’est chose faite.

Pour cette visite, Tuan avait toutefois tracé un autre itinéraire, vers l’ouest au départ de Hanoï, pour me montrer des tronçons de l’ancienne piste Hô Chi Minh — le réseau de sentiers par lequel le Nord-Vietnam acheminait clandestinement hommes et ravitaillement pendant la guerre. Et au lieu de vieilles Bullet fatiguées, nous étions armés jusqu’aux dents, sur des BMW F 800 GS.

Un voyage à travers l’histoire

« Mon père a passé six ans à se battre dans ces montagnes », raconte Tuan en désignant une série de pitons calcaires qui jaillissent du sol comme des pièces d’échecs géantes, près d’un village proche de la frontière laotienne. « Il a perdu l’ouïe pendant un temps, pris dans tant de bombardements. Saviez-vous que l’Amérique a largué plus de bombes sur le Vietnam que sur l’Allemagne et le Japon réunis pendant la Seconde Guerre mondiale ? »

Nous mesurons un peu ce qu’a enduré le père de Tuan lorsque nous abordons l’une des anciennes voies d’accès à la piste Hô Chi Minh : un sentier de deux mètres de large taillé dans la jungle. Un chaos de pierriers et d’ornières boueuses profondes, qui longe par endroits des ravins où la moindre erreur est interdite. L’exercice est éreintant par 35 °C et je ne compte plus le nombre de fois où nous nous embourbons, mais rien dont nos BMW ne puissent se sortir sans peine.

« Pendant la guerre, la seule chose que nos soldats avaient pour transporter du matériel dans ces montagnes, c’étaient des bicyclettes », note Tuan. « Ils les chargeaient jusqu’à 500 kg de munitions. »

À midi, nous nous arrêtons dans une bourgade poussiéreuse pour deux bols de pho, la délicieuse soupe de nouilles au bœuf vietnamienne. Les habitants s’étonnent de la taille de nos motos et de la nature de notre voyage. « Ils disent que personne ne vient ici à cause de l’état des routes », traduit Tuan. « Ils ne comprennent pas qu’on puisse trouver ça amusant. »

Le Triangle d’or

Partout où nous passons, les regards curieux et les commentaires se multiplient, mais un homme en particulier rend Tuan un peu nerveux. « Il a posé beaucoup de questions sur vous. Ce doit être un policier en civil », dit-il, en expliquant que la piste Hô Chi Minh est devenue une grande route du trafic de drogue en provenance du Triangle d’or, nom donné par la CIA à cette zone transfrontalière qui compte parmi les plus grandes régions productrices d’opium de la planète.

« La police a caché des caméras un peu partout dans le secteur et diffuse les images des trafiquants au journal télévisé pour que le public aide à les identifier. Mais le relief est si complexe que la police ne parvient pas vraiment à les arrêter. »

En fin d’après-midi, nous rejoignons une grande route. Un ruban d’asphalte parfait qui ondule entre les ruisseaux d’une plaine alluviale quadrillée de rizières vert émeraude. Après une journée passée à ramper dans la jungle sur les petits rapports, quel plaisir d’ouvrir les gaz et d’entendre ronronner nos BMW, malgré le grand nombre de camions sur la chaussée.

« Il y a dix ans, cette route n’était qu’une piste poussiéreuse et seuls quelques bus passaient chaque jour », raconte Tuan le soir venu, tandis que nous enchaînons quelques bières et du porc grillé avec du riz à une gargote au bord de la route. « Cela a créé des débouchés pour les gens d’ici, et c’est une bonne chose. Mais parfois, je trouve que le Vietnam se développe trop vite. »

Rouler au cœur du Vietnam

Le lendemain, j’ai été réveillé à 5 heures par des chants patriotiques crachés par les haut-parleurs publics — un héritage de la guerre. Plus tard dans la matinée, nous en croisons un autre, bien plus cruel, dans un café : un nourrisson au crâne déformé, à qui il manque une oreille. Cette malformation, explique Tuan, est probablement due à l’agent orange, le défoliant toxique employé par les Américains pour brûler la jungle vietnamienne et priver les combattants de couvert face aux redoutables bombardiers B-52.

« Aujourd’hui encore, beaucoup de femmes en bonne santé au Vietnam mettent au monde des enfants malformés, parce que l’agent orange est inscrit dans nos gènes », dit-il.

La moto a le don de faire oublier les choses tristes, même si je porte encore un peu du chagrin que doit éprouver la mère de cet enfant tandis que nous filons entre des collines de plus en plus hautes et de plus en plus folles à mesure que nous obliquons vers le nord-ouest. Nous passons devant des montagnes coniques de plusieurs centaines de mètres et des crêtes qui ressemblent à des rangées de dents de dragon. Et toujours, à l’arrière-plan, des chaînes bleu-gris, comme les plis de la peau d’un géant qui aurait avalé la moitié du ciel.

Les jours se fondent les uns dans les autres au fil de routes de montagne en zigzag, hérissées de centaines d’épingles où le bitume a été déchiqueté par les pluies violentes et par des véhicules plus violents encore. À chaque virage, on freine, on rétrograde en deuxième, on se met debout, on plie les genoux, on cherche la trajectoire d’entrée la plus propre, on passe tant bien que mal, puis on cherche la meilleure sortie.

Aux pauses, nous nous écroulons dans la poussière en grommelant à propos des coups de soleil, des crampes, du dos douloureux et des poignets enflés. Mais surmonter ces désagréments fait partie de la récompense, au même titre que les verres d’alcool de riz bien tassés et les repas joyeux qu’on nous sert chaque soir dans de charmantes maisons d’hôtes.

Se laisser porter par la cuisine

Au Vietnam, le repas léger n’existe pas. Rouleaux de printemps, soupe de crabe, poulet grillé, ragoût de poisson, canard rôti, légumes, riz, sauces, épices, fruits tropicaux. Encore du riz, encore des grillades, encore des herbes. S’il reste la moindre place sur la table, on en apporte davantage.

Un soir, alors que je titube à moitié ivre dans le noir à la recherche d’une salle de bains, je découvre une petite pièce pleine de bougies autour de la photo encadrée d’un Vietnamien en tenue militaire. De retour à table, notre hôte m’explique qu’il s’agit de l’autel de son père, tué par un tireur d’élite américain. Mais faire des GI américains et des soldats australiens qui combattaient à leurs côtés des monstres, ce serait déformer la vérité.

La plupart n’étaient que des adolescents, appelés sous les drapeaux ou abusés par leur gouvernement pour partir en guerre contre le « péril jaune » ; près de 60 000 d’entre eux sont morts, le visage dans les rizières. Certains survivants sont d’ailleurs revenus au Vietnam pour faire la paix avec leurs anciens ennemis.

« Mon oncle a un jour rencontré un Australien qui voyageait au Vietnam et qui avait été stationné à Da Nang pendant la guerre », raconte Tuan. « En discutant, ils se sont rendu compte qu’ils avaient participé à la même bataille, chacun de son côté bien sûr. Ils se sont embrassés et ont pleuré ensemble, car ils comprenaient qu’ils auraient pu s’entretuer. Ils étaient si heureux de savoir l’autre encore en vie. »

La plus belle façon de voyager

La moto donne accès à des coins reculés du monde que la plupart des voyageurs ne verront jamais. Elle apprend aussi à résoudre les problèmes, car on ne peut pas appeler le dépanneur quand tout part de travers en pleine brousse. Comme le jour où nous nous trompons de chemin et arrivons dans une plantation de thé, en cul-de-sac.

Le sentier est trop étroit pour faire demi-tour : il nous faut littéralement retourner à la main des motos de 300 kg. La seule manière d’y parvenir consiste à faire levier sur certaines parties précises de la machine. C’est l’une des techniques enseignées lors d’un stage d’une semaine à l’école BMW Motorrad de Munich, que les organisateurs doivent suivre pour devenir partenaires officiels. Mais à 13 000 livres par personne, la plupart des Vietnamiens en sont exclus. Tuan a donc appris à la dure : par tâtonnements.

Une autre fois, j’oublie de couper le contact pendant la pause déjeuner et, à notre retour, ma batterie est à plat. Nous réglons le problème en dénudant des câbles électriques, en reliant la bonne batterie de Tuan à la mienne et en attendant une heure environ qu’elle se recharge.

Et quand nous tombons sur les pistes, nous nous précipitons au secours l’un de l’autre, en utilisant la tête plutôt que les muscles pour relever nos lourdes machines. Indépendance, camaraderie, coopération et débrouillardise : voilà ce que je retiens avant tout de mon aventure vietnamienne.

Accrochages sur le bitume

Tomber sur la terre ou dans la boue est une chose. Tomber sur l’asphalte en est une autre. Un jour, je roule derrière Tuan dans un virage serré quand un minibus fonce droit sur nous. Tuan parvient tout juste à l’éviter ; pas moi. Il accroche ma valise latérale et me fait chuter. Heureusement, la moto et moi nous en sortons indemnes.

Mais une dispute éclate entre le chauffeur du bus et Tuan pour savoir qui est en tort. Le ton monte et le chauffeur commet une erreur presque fatale en pointant le doigt sur la poitrine de mon guide. Tuan est menu, à peine 1,52 m, mais il se trouve qu’il est maître de kung-fu, ceinture rouge cinquième dan. Il a appris à se battre avec son père, qui l’avait appris du sien, lequel avait un jour affronté douze hommes armés entrés par effraction chez lui.

Six des assaillants furent tués dans la mêlée ; les six autres déposèrent les armes et implorèrent le pardon. Mais ce jour-là, Tuan choisit de tendre l’autre joue. « Ce serait une honte pour moi de me battre avec un homme ordinaire comme lui », dit-il.

L’avant-dernier jour de notre périple, nous nous arrêtons pour regarder le soleil se coucher sur une large boucle de la rivière Noire. Juste devant nous se dresse un piton karstique en forme de pyramide, aux parois verticales spectaculaires et aux surplombs rocheux.

À droite et à gauche, des rizières en terrasses s’étagent en cascade sur des pentes invraisemblablement raides — des prouesses d’ingénierie sans doute creusées à la pelle et à la pioche. Et sur l’eau, miroir d’argent et d’or, flottent quelques barques d’où des pêcheurs lancent leurs filets. C’est le plus beau spectacle que j’aie vu de ma vie.

« Mon rêve, c’est de construire un éco-lodge de luxe à cet endroit précis, avec une piscine au milieu des rizières », me confie Tuan, même si ses projets pour son agence sont plus terre à terre. « Devenir partenaire officiel de BMW m’importe peu », dit-il. « Ce qui compte pour moi, c’est d’amener les motards d’aventure au Vietnam. Make life a ride : n’est-ce pas la devise de BMW ? »

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Etihad Airways relie l’aéroport de Londres Gatwick à Hanoï pour 900 livres l’aller-retour. Les titulaires d’un passeport britannique disposant d’un circuit réservé à l’avance peuvent obtenir un visa de 30 jours à l’arrivée pour 20 livres. MotoTours Asia propose des circuits guidés dans le nord du Vietnam à 290 livres par pilote et par jour, sur BMW 650, 800 ou 1200 cm³ GS Adventure. Hanoï–Saïgon en aller simple revient à 325 livres par jour. Les circuits transfrontaliers vers le Laos, le Cambodge et la Thaïlande sont à 365 livres par jour. Voir www.mototoursasia.com.

Cet article a été publié sur adventurebikerider.com

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