(Dan Tri) – Le journaliste et photographe australien Ian Lloyd Neubauer a effectué un voyage à moto de huit jours, depuis Hanoï jusqu’aux routes escarpées des montagnes du nord du Vietnam.
Il en a rapporté un reportage photo qui dit son émerveillement devant la beauté de la région de Dong Van. Ce reportage a été publié sur le site d’information de la BBC.
Le départ
Si vous cherchez « Dong Van » sur Google, vous ne trouverez sans doute pas grand-chose. « Pour voir ces montagnes, les voyageurs qui viennent au Vietnam vont à Sa Pa, dans le Nord-Ouest », explique M. Nguyen Anh Tuan, directeur de MotoTours Asia, une société spécialisée dans les voyages de découverte à moto dans le nord du Vietnam. « Le problème, c’est qu’à Sa Pa les gens sont habitués aux touristes et n’ont plus vraiment envie de faire connaissance. À Dong Van, en revanche, les habitants portent encore le costume traditionnel, vivent selon les usages d’autrefois et sont très heureux de vous rencontrer », confie M. Tuan. J’ai donc quitté Hanoï et sa circulation toujours dense pour un périple de huit jours jusqu’à Dong Van, accompagné d’un guide, sur une vieille Royal Enfield 500 cm³ Bullet, impatient d’atteindre un endroit où très peu d’étrangers de passage au Vietnam se sont rendus.

Des routes « à vous retourner l’estomac »
Le district de Dong Van reste largement inconnu des voyageurs étrangers : la plupart des routes et des massifs n’y sont pas signalés en anglais. Trouver son chemin y serait extrêmement difficile sans un guide local. Mais il n’est pas nécessaire d’être du pays ni de rouler à moto pour mesurer le prodige que représente la construction de la route de Dong Van. Avec Do Huu Quyen, guide de MotoTours Asia, nous avons passé une journée à faire dresser les cheveux sur la tête, dans des épingles qui serpentent comme un reptile jusqu’à une crête à quelque 1 500 m d’altitude.
En quittant Hanoï, Quyen m’avait dit que les routes et les paysages du Vietnam étaient les plus beaux, plus encore que ceux du Laos, souvent présenté comme le paradis des voyageurs à moto . Après avoir vu des routes pareilles, je lui donne entièrement raison.

Les rizières
Plus on monte vers le nord, plus les montagnes s’étendent. Nous roulions jusqu’à 250 km par jour, entre les sommets et les versants plantés de riz — une forme d’agriculture ancestrale qui existerait au Vietnam depuis dix mille ans. En février, au moment de notre passage, c’était le milieu de la saison sèche : les rizières viraient au brun sombre. Mais pendant la saison des pluies, d’avril à octobre, elles s’embrasent de vert et d’or.

Le tissage
L’un des grands attraits d’un voyage dans le nord-est du Vietnam est la possibilité de rencontrer les Hmong, une minorité ethnique installée dans les montagnes d’Asie du Sud-Est, et d’échanger avec eux. On les reconnaît facilement à leurs vêtements colorés : jupes, chemisiers, châles et écharpes minutieusement décorés, tissés à la main à partir de coton et de chanvre, puis teints avec des feuilles et des racines pour obtenir des roses, des rouges, des violets et des indigos.
Dans un monde où tant de peuples sont passés au tee-shirt et au prêt-à-porter, beaucoup de jeunes Hmong apprennent encore à tisser et à broder les motifs traditionnels transmis par leurs grands-mères et leurs mères. J’ai photographié une femme hmong en costume traditionnel en train de tisser aux abords de la bourgade de Yen Minh, à environ 90 km du chef-lieu du district, Dong Van.

Vers Meo Vac
À une trentaine de kilomètres au sud du chef-lieu de Dong Van se trouve Meo Vac, une bourgade bâtie en béton à l’époque soviétique et entourée de villages hmong. À l’exception des lignes électriques, des scooters et des téléphones portables omniprésents, on y vit encore à l’ancienne. Chaque jour, on mène les bœufs aux champs, on distille l’alcool de maïs, on ramasse du petit bois pour chauffer la maison et faire la cuisine. Cette photo a été prise par Do Huu Quyen avec mon appareil : un enfant hmong portant sa petite sœur sur le dos.

Le marché hebdomadaire de Meo Vac
Un matin, alors qu’il faisait encore nuit noire, nous nous sommes levés à 6 heures pour rejoindre le célèbre marché de Meo Vac. Vêtus de leurs plus beaux habits du dimanche, des milliers de Hmong y affluent. Ils y achètent des produits du pays — ginseng, anis étoilé, cannelle, des pommes grosses comme des poires et des poires grosses comme des melons —, on y vend et achète du porc, de la chèvre, du chien, des nouilles et du tofu. On y vend aussi l’alcool de maïs artisanal, proche de la vodka, à la saveur chaude, douce et parfumée.
C’est là que, pour la première fois depuis Hanoï, j’ai croisé des visages occidentaux : un couple de retraités français venus au marché en minibus local. Ils ont été tout aussi surpris de me voir, moi, un étranger blond à la peau claire.

Le palais du Roi des Hmong
À une quinzaine de kilomètres au sud du chef-lieu de Dong Van, dans la vallée de Sa Phin, se dresse le palais du Roi des Hmong. C’est une demeure à deux étages et quatre corps de bâtiment, protégée par d’immenses pitons karstiques et nichée au milieu des pins. Construit en 1902 par des marchands chinois pour le seigneur hmong Vuong Chinh Duc, l’édifice tient de la forteresse : murs de pierre de 500 mm d’épaisseur, enceinte de pierre de 800 mm, deux cours intérieures, 64 chambres pour les épouses et les enfants du roi, des logements pour la garde, un fumoir d’opium et une grande dalle de pierre réservée à la décapitation des traîtres.
Un seul autre roi hmong, Vuong Chi Sinh, sympathisant communiste, a vécu dans ce palais avant qu’il ne soit abandonné pendant la guerre d’Indochine (1946-1954). Aujourd’hui, le palais est devenu un musée abritant une petite collection d’objets artisanaux de l’époque, présentés dans des vitrines couvertes de poussière.

La vieille ville de Dong Van
Après quatre jours et 900 km cahoteux sur une vieille mais très fiable Royal Enfield, nous sommes arrivés à Dong Van à la tombée de la nuit. Nous avons passé la nuit chez l’habitant, dans la vieille ville, un dédale de ruelles empierrées et de bâtisses de pierre centenaires aux toits de tuiles cuites.
La plus ancienne maison, une grande demeure à deux colonnes de pierre ornée de lanternes rouges, a été construite par la famille Luong entre 1810 et 1820. Leurs descendants y vivent toujours. C’est l’une des 40 maisons anciennes rescapées de l’incendie qui ravagea Dong Van en 1923, avant que les Français ne reconstruisent la ville.

Le bout de la route
Située au centre stratégique du plateau, à 1 600 m d’altitude et à seulement 3 km de la frontière chinoise, Dong Van fut le poste le plus septentrional des Français à l’époque coloniale. Les soldats français firent construire, par une main-d’œuvre vietnamienne encadrée par des contremaîtres vietnamiens, une grande caserne dont les ruines dominent aujourd’hui l’une des nombreuses falaises calcaires qui surplombent la ville de Dong Van.
On peut aujourd’hui monter jusqu’à cette caserne par un sentier abrupt et accidenté d’environ 1 km, emprunté seulement par les chèvres, qui part de la vallée en bordure est de la vieille ville. Cette photo a été prise du haut de la caserne, à l’instant où l’aube se levait, quand la ville était encore noyée dans la brume nocturne.

Ha Anh
D’après BBC
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